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JEANNE
DIELMAN, 23, RUE DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES »
de
CHANTAL AKERMAN
1975
– Belgique
avec
Delphine Seyrig, jan Decorte, Henri Storck, Jacques
Danial-Valcroze
3
h 14
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Trois
jours de la vie d'une femme au foyer qui se livre à des tâches
ménagères et se prostitue à domicile. Avant le dérèglement
final... Avant-gardiste et féministe, une oeuvre d'une audace
folle signée Chantal Akerman, élue meilleur film de tous les
temps en 2022 par la revue britannique "Sight and Sound".
Avec la sublime Delphine Seyrig.
Dans
un modeste appartement bruxellois, une veuve, mère d’un
adolescent, enchaîne du matin au soir des tâches ménagères
ritualisées à l’extrême avec une régularité de métronome.
Dans une même routine, elle reçoit des messieurs en fin
d’après-midi, garde sans le regarder le bébé d’une voisine
ou lit à son fils les lettres de sa sœur exilée au Canada. Mais
la mécanique bien rodée, presque filmée en temps réel, soudain
se dérègle…
Soixante-douze
heures de la vie d'une femme
Au
mitan des années 1970, Chantal Akerman n’a que 25 ans, quand
elle entreprend avec une audace folle de filmer, en une succession
de beaux plans fixes, trois jours du quotidien d’une ménagère
presque à la manière d’une caméra cachée, soit
soixante-douze heures de la vie d’une femme, restituées en
trois heures vingt minutes : du jamais vu au cinéma. Pliage
cérémoniel des vêtements, couture d’un bouton, épluchage de
légumes ou préparation d’escalopes panées… : le rythme et
les gestes de cette veuve n’ont, devine-t-on, pas dû changer
avec la mort de son mari, perpétuant une condition envers et
avant tout. Les très lapidaires échanges avec son fils
s’inscrivent dans la même répétition, malgré une sortie de
route impromptue, quand l’adolescent, de son canapé-lit,
interroge subitement sa mère sur sa sexualité avec son père.
Dans cette "vie
bardée contre le hasard",
selon les mots de la cinéaste belge, l’angoisse pénètre par
effraction à travers les fissures de l’organisation quasi
carcérale. Si la radicale cinéaste belge se défend d’avoir
réalisé, avec cette autre anatomie d’une chute, un film à
thèse, elle dit s’être inspirée d’images de son enfance,
dont celles de ses mère et tantes, "femmes
de dos, penchées, portant des paquets…"
Avec une Delphine Seyrig à contre-emploi, dont la présence
souveraine, en blouse ou paletot, illumine ce journal d’une
femme d’intérieur, ce chef-d’œuvre féministe et
avant-gardiste, monument dont le titre a longtemps valu passeport
secret à la cinéphilie mondiale, a été élu meilleur film de
tous les temps en 2022 par Sight
and Sound, la
revue du British Film Institute.
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