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241128 - MUS QZD - RODGERS - CAROUSEL - SOLISTES, CAROUSEL ENSEMBLE, SINFONIA OF LONDON, JOHN WILSON
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RICHARD ROGERS 1902-1979 « Carousel » Nathaniel Hackmann (Billy), Mikaela Bennett (Julie), Sierra Bogges (Carrie), Julian Ovenden (Mr Snow), Francesca Chiejina (Nettie), David Seadon-Young (Jigger), Matthew Seadon-Young (Starkeeper), Naomi Warkszlak (Louise), Carousel Ensemble, Sinfonia of London, John Wilson. Chandos (2CD).
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TECHNIQUE : 4,5/5
Enregistré par Jonathan Allen en avril 2023 au Susie Sainsbury Theater de la Royal Academy of Music, à Londres. Une scène sonore généreuse par son ampleur, où chaque vois soliste et chaque instrument prend place avec une présence affirmée. Le chœur, bien défini à l'arrière-plan, et les dialogues parlés s'intègrent idéalement à l'ensemble.
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L'ÉVÉNEMENT
Le manège enchanté
Terrain connu, le Carousel de Rodgers & Hammerstein ? En voici pourtant la première intégrale au disque, portée par une équipe impeccable et une direction ardente.
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« Un des plus hauts chefs-d'œuvre du genre » : ces mots d'Alain Perroux, dans son indispensable livre La Comédie musicale – mode d'emploi (Avant-Scène Opéra, 2009), révèlent aujourd'hui toute leur force face à la première intégrale de Carousel, créé en 1945. Elle suit, naturellement, celle du merveilleux Oklahoma !, du même couple Richard Rodgers/Oscar Hammerstein (auteur du livret), publié il y a deux ans par le même Chandos. Reprenant le flambeau de l'immortel Snow Boat de Jerome Kern (1927), avec – déjà ! - un livret de Hammerstein, les deux partenaires repoussent les paravents fleuris de la « comédie musicale », badine et frivole, pour raconter de vraies histoires.
La vie et la mort De tous les triomphes, Carousel est le plus universel ; pas une goutte de « couleur locale », pas un brin de moraline, ne vient épaissir le plat. Stephen Sondheim a dit plus tard : « Le sujet d'Oklahoma ! est de savoir qui emmènera Laurey à la danse. Celui de Carousel – c'est la vie et la mort. » La pièce d'origine est hongroise (Liliom, 1909), Puccini en personne lui tournait autour, mais Ferenc Molnar (par ailleurs auteur des immortels Garçons de la rue Paul) n'a pas cédé à ses avances. Quelques années avant sa mort, il se laissera séduire par la productrice d'Oklahoma ! Voici l'histoire de Billy Bigelow, un gentil « bon à rien », employé du manège, et de la belle Julie Jordan. Craignant de ne pouvoir assurer l'avenir de leur enfant à naître, Billy ose une attaque à main armée – qui rate. Désespéré, il se suicide, mais « le ciel peut attendre » : il aura le droit de rendre visite à sa fille, pour lui offrir une étoile. Rodgers s'y montre « au sommet de son art » (pour citer encore l'ami Alain Perroux), non seulement roi de la mélodie qui ne va jamais là où on l'attend, mais osant, main dans la main avec le librettiste, quelques vastes unités musico-dramatiques dignes d'un « vrai opéra » : le duo parlé-chanté de Julie et Billy (« If I loved you ») raconte, en onze minutes, l'histoire de leur amour, et le grand monologue de Billy (« Soliloquy ») dresse, en neuf minutes, le portrait du protagoniste. Les curieux retrouveront les deux sur YouTube, filmés avec les créateurs, Jan Clayton et le légendaire John Raitt, star de Broadway, célèbre pour ses aigus.
Incarnations Le formidable Nathaniel Hackmann surpasse encore son excellent prestation dans Oklahoma ! : il n'a guère à rougir de la comparaison avec ses prédécesseurs, armé qu'il est d'un médium solide et richement coloré. La diction et la force de l'incarnation sont toujours là : on lui donnerait Rigoletto sans confession. Le célébrissime « You'll never walk alone », fait rayonner le timbre doré de Francesca Chiejina ; Mikaela Bennett et Sierra Bogges (Laurey dans Oklahoma !) se partagent idéalement « l'ingénue » et la « mezzo carattere », seul le medium Julian Ovenden semble avoir perdu un peu de son satin d'avant – mais les registres supérieurs brillent toujours. Pas une faiblesse dans les rôles secondaires, et des ensembles « ad hoc » scintillants dont Londres a le secret. Le tout sous la baguette ardente et fine de John Wilson, parfait successeur d'un Mauceri, d'un McGlinn. Le film de 1956 ne contient que quarante-huit minutes de partition – c'est dire la valeur de ce Carousel in extenso. Et maintenant – South Pacific, please ! Seul défi : trouver pour le rôle d'Emile de Becque, un digne héritier du créateur, Ezio Pinza.
Piotr Kaminsky
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