241123 - CIN FIL - ARTE - « PACIFICATION, TOURMENT SUR LES ÎLES » - D'ALBERT SERRA

 





241123 - CIN FIL - ARTE - « PACIFICATION, TOURMENT SUR LES ÎLES » - D'ALBERT SERRA





« PACIFICATION, TOURMENT SUR LES ÎLES »


d'ALBERT SERRA


2022 – France, Espagne, Allemagne


avec
Benoît Magimel, Pahoa Mahagafanau, Sergi López, Marc Susini, Matahi Pambrun


2 h 37








Avec Benoît Magimel, la dérive paranoïaque d’un haut commissaire de la République dans un paradis postcolonial à Tahiti. En forme de thriller existentiel, un chef-d’œuvre envoûtant d’Albert Serra.


Costume ivoire, chemises à fleurs et verres bleutés, De Roller, haut commissaire de la République à Tahiti, prend sa mission aux contours flous très au sérieux. Dandy à la nonchalance intranquille, il règne en sondant la population avec un paternalisme de bon aloi, de rendez-vous tropicaux informels en fins de nuits alcoolisées en discothèque. Shannah, femme trans à l’allure impériale et au sourire éblouissant, l’accompagne dans ses vaines investigations en Mercedes, bateau ou avion bimoteur. Alors qu’il se méfie d’un amiral qui navigue en eaux troubles, la rumeur d’une reprise des essais nucléaires interrompus en 1996 le plonge dans un délire paranoïaque…


Puissance envoûtante


Derrière l’assurance vernissée de son héros, chevalier blanc en bout de course d’un empire qui l’est autant, tout, dans
Pacifiction, flotte comme suspendu dans un voile d’irréalité. Autour du haut fonctionnaire confit, échoué en Polynésie, auquel un époustouflant Benoît Magimel apporte une désinvolture borderline, une petite légion de personnages, locaux désabusés et "métro" nécrosés d’un paradis bouillonnant qu’ils s’illusionnent de maîtriser, dérivent, entre fantasmes postcoloniaux, aspirations à l’autonomie, érotisme pathétique et divagations philosophiques. De rougeoyants crépuscules en eaux turquoise à la beauté également menaçante, Albert Serra orchestre une fresque microcosmique et puissamment cinématographique sur les îles. Avec la monstruosité des essais nucléaires en fond de carte postale, et sous les regards croisés d’un ogre amiral et d’un Américain spectral, cette valse aux adieux qui n’en finissent pas sidère et envoûte. D’autant que, tourné avec trois caméras par l’exigeant cinéaste catalan, chaque plan compose un tableau hypnotique à l’étrange profondeur de champ, quand l’humour cultive le décalage baroque. Nimbé d’ambiguïté et percé de fulgurances, comme les éclairs d’un ciel d’orage, un chef-d’œuvre en forme de thriller existentiel.




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