241114 - MUS QZD - BENJAMN - PICTURE A DAY LIKE THIS - SOLISTES, MALHER CHAMBER ORCHESTRA, GEORGE BENJAMIN

 





241114 - MUS QZD - BENJAMN - PICTURE A DAY LIKE THIS - SOLISTES, MALHER CHAMBER ORCHESTRA, GEORGE BENJAMIN






GEORGE BENJAMIN

né en 1960

«Picture a Day like this »

Marianne Crebassa (la Femme), Anna Prohaska (Zabelle), Beate Mordal (l'Amante, le Compositeur), Cameron Shahbazi (l'Amant, l'Assistant), John Brancy (l'Artisan, le Collectionneur), Mahler Chamber Orchesta, George Benjamin.

Nimbus.

BENJAMIN – Picture a day like this




TECHNIQUE : 3,5/5

Enregistré par Étienne Pipart au Théâtre du jeu de Paume, durant le Festival d'Aix-en-Provence, le 5 juillet 2023. Une captation de proximité soignée, sur une scène assez réduite mais très aérée. Contours des instruments et voix sont clairement définis et l'équilibre harmonieux.





Une femme a vu son enfant mourir. Elle apprend que si elle a réussi à trouver une personne heureuse et à obtenir un bouton de la manche de son vêtement, son fils sera ramené à la vie. Munie d'une page lui indiquant l'itinéraire à suivre, elle entame sa quête ... Pour sa quatrième contribution avec George Benjamin, Martin Grimp a concocté un livret puissant à différentes sources, du conte populaire italien La Chemise de l'homme heureux à une légende bouddhiste, en passant par le Roman d'Alexandre (ca 300 av. J.-C.).

Concentré en une heure, Picture a day like this (Imagine un jour comme celui-ci) recèle tout ce qui assure le succès du genre lyrique depuis la nuit des temps : changements de lieux, rencontres et personnalités diverses, dialogues, duos, airs. Frappe aussi, tout au long de ce voyage, à la fois radiographie des âmes et conte initiatique, la poésie de la langue qui entre à chaque instant en résonnance sympathique avec la musique de Benjamin.

Créé au Festival d'Aix en 2023, où il a été capté, récemment repris à Strasbourg et salle Favart, cette nouvelle étape renoue avec la forme de l'opéra de chambre qui avait porté chance au compositeur pour son premier essai au théâtre (Into the Little Hill, 2006). Malgré un effectif instrumental réduit, le vocabulaire orchestral se signale encore une fois par son extrême raffinement, avec d'infinis miroitements reflétant les humeurs changeantes des protagonistes, des alliages miraculeux qui s'apaisent pour accompagner le chant, magnifié par cette étoffe au contrepoint foisonnant mais jamais écrasant. L'écriture vocale, elle, semble de plus en plus dépouillée, payant son tribut à la récitation lyrique d'un Debussy, sans s'interdire quelques mélismes qu'on croirait empruntés à Purcell, et surtout un art accompli de couler les mots dans la phrase musicale.

Dès les premières mesures, on est happé par les confidences baignées de larmes de cette Femme à laquelle Marianne Crebassa prête les charmes irrésistibles de son mezzo au velours si naturel, avec une pudeur qui serre la gorge, des nuances épousant les moindres inflexions du texte. À mi-chemin, dans une aria fiévreuse, l'artiste trouve quelque ressource dramatique insoupçonnée pour dire sa colère face à l'adversité, bouleversante jusqu'à un dénouement plus apaisé.

Sur sa route, elle croisera un couple d'amants, un artisan, une compositrice, un collectionneur, mais aucun ne répondra à son espérance. Plus tard, dans un jardin merveilleux, Zabelle, une femme qui lui ressemble, lui ouvre les yeux sur la réalité, sans qu'on sache si elle y parvient vraiment – cette fin ouverte laisse l'auditeur dans les délices de l'indécision.

Cameron Shahbazi plie son contre-ténor aux langoureux épanchements de l'Amant, comme à ses insolents éclats de rire pour dire sa foi en la « poly-amour ». Il partage son voluptueux duo avec l'Amante au soprano haut perché de Beate Modal, qui montre dans l'art de la caractérisation une versatilité épatante – elle le prouve en endossant aussi un rôle de Compositrice bipolaire, d'abord d'une arrogance tête-à-claque puis égarée dans ses abîmes de désespoir.

Victoire aussi pour le baryton John Brancy, Artisan à l'ambitus phénoménal, caracolant des tréfonds de sa tessiture jusqu'à la stratosphère grâce à une parfaite maîtrise du registre mixte. Plus tard, il sera un Collectionneur à la psyché moins torturée – et à la vocalité plus calme qui lui permet de distiller les séduction d'un ample legato. Anna Prohaska (Zabelle) paraît quant à elle en double de Crebassa, timbre moins sombre mais à l'érotisme tout aussi troublant, avec une même douleur rentrée, une même noblesse dans les phrasés.

Avec Written on Skin (2012) et Lessons in Love and Violence (2018), chefs-d'œuvre de plus vaste envergure, ce vibrant poème de l'amour et de la mère qui vient enrichir la liste déjà bien fournie des joyaux lyriques ciselés par George Benjamin.

Emmanuel Dupuy




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