240908 - MUS DIA IND – 171 - BRAHMS - UN REQUIEM ALLEMAND - SCHWARZKOPF, FISCHER-DIESKAU, KLEMPERER

 



240908 - MUS DIA IND – 171 - BRAHMS - UN REQUIEM ALLEMAND - SCHWARZKOPF, FISCHER-DIESKAU, KLEMPERER






On serait tenté d'imaginer ce monument spirituel comme une composition du vieil homme au regard pénétrant, à la barbe claire. C'est pourtant un Brahms de vingt et un ans, glabre et brun, qui y travaille dès 1854 – et pendant quinze ans. L'année précédente, Robert Schumann invitait son protégé à s'aventurer dans les « gouffres » où le chœur se mêle à l'orchestre pour livrer « des aperçus plus merveilleux encore des mystères du monde des esprits ». Le vendredi saint 1868, le compositeur dirige son Deutsches Requiem dans la cathédrale de Brême devant deux mille personnes. Clara, la veuve de son mentor tant aimé, remonte la nef à son bras. C'est un triomphe. Au cœur de cette fresque chorale en six mouvements étroitement liés au souvenir de Schumann, Brahms a l'idée d'insérer une grande pause soliste, l'apparition d'une soprano (Ihr habt nur Traurigkeit), image de l'amour maternel : cette mouture définitive est créée à Leipzig le 18 février 1869.

Vers la lumière

Le premier mouvement reste sombre jusqu'à l'entrée du hautbois, « Heureux les affligés car ils seront consolés. » Altos, ténors et basses entonnent au début du II une marche lugubre. Puis l'orchestre fait souffler un vent froid, et le chœur reprend, forte, le message d'une « chair », aussi fragile que « l'herbe ». Dans un contrepoint dense, l'optimisme lutte avec les chromatismes doloristes et met en fuite les âmes plaintives. Au III, un homme (baryton solo) implore Dieu et remet son espoir en lui, relayé par le chœur.

Au centre de son Requiem, Brahms peint les « aimables demeures » destinées au repos éternel. À ce tableau pastoral succède la lente montée de la soprano solo vers la lumière (V) : « Vous êtes maintenant dans la tristesse, mais je vous reverrai et votre cœur se réjouira ... ». Au VI, le baryton dit l'espoir de la résurrection. Puis, à l'attente qui ouvrait le mouvement répond une action de grâces. Suit enfin une ultime et idyllique évocation du paradis (VII) : sopranos sorties de l'éther, violons musardant et conclusion apaisée.

Au Kingsway Hall de Londres, en mars et avril 1961, Otto Klemperer assouvit la quête de raffinement sonore du producteur Walter Legge en sculptant un monument intemporel de facture presque classique. Tempo et phrasé très tenus, d'une grandiose austérité, laissent rayonner l'inspiration. Les détails de l'orchestration se fondent dans le marbre du Philharmonia, estompés au profit de la ligne. Le dynamisme vertical des polyphonies s'affirme dans un sentiment de grandeur. Mais une grandeur habitée par un chœur formidablement discipliné, irradiant, et deux diseurs fabuleux de sobriété : un Dietrich-Fiskau et une Elisabeth Scharzkopf épousant la vision du chef.

Benoît Fauchet








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