240709 - MUS DIA IND - 240709 - MUS DIA IND - BEETHOVEN - FIDELIO - SOLISTES, CHŒUR ET ORCHESTRE DE L'OPÉRA DE VIENNE, KARL BÖHM

 



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Parmi tous les grands chefs du XX° siècle, Karl Böhm est celui qui a entretenu le plus fructueux compagnonnage avec Fidelio, ouvrage qu'il a dirigé plus de deux cents fois au cours de sa carrière, et dont il a laissé à la postérité une dizaine de gravures audio et vidéo – depuis une bande de la Radio du Reich datant de 1944 jusqu'à l'ultime témoignage capté à Munich en 1978, en passant par une fameuse version de studio (DG, 1969). Dans ce roman d'amour, le live du 5 novembre 1955 fait figure de chapitre historique. Ce jour-là, l'Opéra de Vienne rouvre ses portes, après plusieurs années de reconstruction pour effacer les stigmates des bombardements alliés. Le choix de programmer Fidelio pour cet événement ne doit évidemment rien au hasard. Et ce qui frappe dès les premières mesures, c'est la vitalité, l'urgence de l'interprétation, comme si tous les protagonistes étaient conscients de la portée symbolique de cette représentation. Le cri de liberté beethovénien, orchestre et solistes ne font pas que le jouer et le chanter : ils le puisent au fond de leurs tripes pour le jeter à la face du monde.

Lumières et tourments

Il faut dire que Böhm ne ménage personne, prouvant qu'il est un de ceux qui a le mieux résolu l'équation posée par Fidelio entre Singspiel et le grand opéra. Lumières et tourments, classicisme et romantisme. Ici, tout n'est que théâtre, énergie, âpreté, mais aussi aisance et générosité. Dès le duo luminaire, ça barde entre Jaquino et Marzelline. Le chant s'en ressent parfois, même s'agissant des très stylés Waldemar Kmentt et Irmgard Seefried, qu'importe : on y croit (et comment !) et on les suit. Comme on suit la Leonore de Martha Mödl, malgré ses sempiternelles idiosyncrasies vocales : souffle, intonation, couleur de ce soprano au dramatisme musclé semblent à chaque instant sur le point de se dérober. Mais quel don de soi, quels emportements, quelle foi chevillée au corps et à l'âme.

Face à cette torche vive, le Floresta mozartien d'Anton Dermota est un prodige descendu des cieux. Qu'un Tamino, un Fernando parvienne à tenir son « Welch Dunkel hier » sans sacrifier sa ligne, sa musicalité ni sa souplesse légendaire, cela tient du miracle (et c'est sa prise de rôle !). Grâces soient aussi rendues au Rocco de Ludwig Weber, monument de bonté paternelle (son air du I est hélas coupé), au Pizzaro de Paul Schöffler, qui n'a pas son pareil pour éructer sa haine sur un édredon de legato. Seul le Fernando de Karl Kamann est légèrement en-dessous du niveau général. Mais cette réserve ne saurait empêcher la troupe entière d'entrer lors du final en une véritable transe, qui ne peut se comprendre que comme une sorte d'exutoire. À Vienne, c'est ce soir-là que la Seconde Guerre mondiale prend réellement fin.

Emmanuel Dupuy








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