240507 - MUS DIA IND - ROSSINI - L'ITALIENNE À ALGER - SOLISTES, CHŒUR ET ORCHESTRE DE LA SCALA DE MILAN, CARLO MARIA GIULINI

 




240507 - MUS DIA IND - ROSSINI - L'ITALIENNE À ALGER - SOLISTES, CHŒUR ET ORCHESTRE DE LA SCALA DE MILAN, CARLO MARIA GIULINI






Si l'on situe à la fin de la décennie 1960 les débuts de la Rossini Renaissance, il y eut quelques signes avant-coureurs. Cette Italienne à Alger en fait partie, grâce d'abord à Giulini, chef qui avait, comme plus tard son compatriote Abbado, que le génie bouffe du compositeur doit être traité avec le plus grand sérieux. C'est de la rigueur que découle ici la fantaisie, en particulier dans les ensembles à la mécanique réglée au millimètre, tel qu'on peut en juger dans l'ébouriffant finale de l'acte I, avec son inimitable délire d'onomatopées – din, tac, cra, bum. Et si les tempos sont parfois retenus, c'est pour mieux exalter les charmes de l'orchestration, pour mieux doser la dynamique des fameux cescendo accelerando qu'affectionnait tant le maître de Pesaro.

Certes, à l'époque de l'enregistrement, la musicologie rossinienne n'était pas encore passée par là, et on déplore quelques coupures qui avaient cours alors, dont la plus regrettable est l'air de Lindoro à l'acte II. Dommage, car le rôle est tenu par Cesare Valetti, archétype du ténor di grazia, avec dans la voix des trésors de morbidezza qui font merveille dans son « Languir per une bella » au I. De plus, Valetti, comme tous ses comparses, était italien, ce qui n'est pas un détail dans les incessants jeux sur les mots dont l'ouvrage est émaillé, comme dans les récitatifs qui ont rarement parus aussi animés. Mario Petri et Marcello Cortis sont-ils meilleurs comédiens que chanteurs ? Peut-être, mais dans les innombrables quiproquos auxquels leurs personnages sont confrontés, c'est un atout : cette Italienne sur le théâtre à grosses gouttes, ce qui s'explique aussi par le fait que la plupart des interprètes réunis ici venaient de roder l'ouvrage sur la scène de la Scala avec Giulini.

Sacré caractère

Outre l'adorable Elvira de Graciella Sciutti, la perle de cette distribution est évidemment Giulietta Simionato. En cette année 1954, l'immense mezzo chantait déjà des rôles beaucoup plus lourds, comme Amneris ou Acuzena dans Aïda ou Le Trouvère, où sidéraient un grave opulent, un aigu en gloire, une émission à la fois musclée et parfaitement homogène. Cette ampleur, pourtant, n'altère en rien l'agilité requise par l'écriture du bel cantiste – écoutez ses vocalises dans « Pensa alla patria ». Et quel caractère ! Isabella est ici une vraie maîtresse femme, pétroleuse avant l'heure : rien que pour cette incarnation, une des plus accomplies de toute la discographie rossinienne, cette gravure est à chérir.

D'autres, par la suite, s'engouffreront dans la brèche avec un grand souci philologique. Mais tous seront redevables à cette référence pionnière, dont ils ne retrouveront pas forcément l'intarissable et irrésistible spontanéité, cette « folie organisée et complète » que Stendhal entendait dans L'Italienne à Alger.

Emmanuel Dupuy










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