240201 - MUS QZD - CHARPENTIER - MÉDÉE - VÉRONIQUE GENS, LE CONCERT SPIIRITUEL, HERVÉ NIQUET

 





240201 - MUS QZD - CHARPENTIER - MÉDÉE - VÉRONIQUE GENS, LE CONCERT SPIIRITUEL, HERVÉ NIQUET







MARC-ANTOINE CHARPENTIER

1646-1704

« Médée »

Véronique Gens (Médée), Cyrille Dubois (Jason), Judith Van Wanroij (Créuse), Thomas Dollé (Créon), David Witczak (Oronte), Hélène Carpentier (la Victoire, Nérine, l'Amour), Floriane Hasler (Bellone),Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc (dessus), David Tricou (haute-contre), Fabien Hyon (taille), Adrien Fournaison (basse-taille), Le Concert Spirituel, Hervé Niquet.

Alpha.

CHARPENTIER - Médée




TECHNIQUE : 3,5/5

Enregistré en mars 2023 par Manuel Mohino à la Cité de la musique et de la danse de Soissons. L'image manque légèrement d'ampleur et de précision. La dynamique pourrait également avoir un peu plus de tonicité et les voix davantage de présence, mais ces dernières sont bien intégrées à la scène sonore.






Hervé Niquet




Véronique Gens






Judith Van Wanroij




Cyrille Dubois et Fabien Hyon





L'événement


Toison d'or


Hervé Niquet, le Concert Spirituel et Véronique Gens nous offrent davantage que la Médée de Charpentier la plus historiquement informée possible : une vision renouvelée d'un chef-d'œuvre.


Benoît Dratwicki l'affirme en conclusion de son texte dans la notice : « C'est une Médée inédite qui nous est présentée ici. » La partition, certes, est bien la même que celle révélée au disque par William Christie en 1984 (avec Jill Feldman, HM) et reprise par le même en 19974 (avec Lorraine Hunt, Erato). Mais autour des notes, tout change. D'abord, un respect assez strict de l'ornementation écrite par Charpentier, souvent parcimonieuse, à laquelle les interprètes choisissent de ne presque rien ajouter.

Les effectifs sont conformes au relevé de 1704, chronologiquement proche de la création – douze violons, huit altos répartis en trois pupitres, six basses de violon, quatre hautbois et autant de bassons ... plus un continuo généreux (deux basses de viole, deux basses de violon, deux théorbes et un clavecin). La manière même d'employer ces musiciens est plus historiquement informée que celle des précédentes gravures : point d'instrumentation de la basse continue, dont les sept membres jouent toujours comme un seul homme ... sauf, bien sûr, dans les danses. À l'univers compositionnel inédit créé par Charpentier – et c'est précisément ce qui dérouta tant et fit la fortune de l'œuvre en 1693 – répond ainsi aujourd'hui un monde sonore nouveau.

Hervé Niquet tend d'un bout à l'autre l'art dramatique, maîtrisant son accélération progressive. Aucune page ne semble superflue. Il n'est pas une ritournelle qui ne trouve sa juste place, pas une danse qui n'arbore ses couleurs idoines – grâce aussi à un orchestre partout somptueux. Écoutez encore comme les chœurs sont investis sans pour autant tomber dans les effets m'as-tu-vu-superbe déploration à la mort de Créon.

Humaine, trop humaine

Aucune faille ne dépare la distribution, dominée par Véronique Gens. Certains peut-être, s'étonneront d'un vibrato aussi fourni, d'un format vocal aussi ample, mais il faut cela pour camper la magicienne de Colchide. Charpentier pousse les chanteurs dans leurs retranchements, et ici, cela se sent et dessine un portrait renouvelé. La Médée de Gens est d'abord humaine. Le texte le montre : elle est celle que tous – de Jason au roi en passant par Créuse – cherchent à tromper. La soprano développe un véritable personnage dont la cohérence se dévoile peu à peu – ce qui contribue à rendre à la partition et au livret leur juste rythme. Partout un équilibre idéal entre texte et chant, mais aussi entre grandeur outragée et sensibilité. Sa progressive chute est plus déchirante que monstrueuse. Assurément une incarnation majeure.

Plateau parfait.

Judith Van Wanroij offre à Créuse un timbre charnu, des séductions vocales, un vrai sens de la ligne et du style affûté ; son ambition point subtilement sous ses mots léchés. Cyrille Dubois ne possède pas moins la connaissance du baroque français, et parvient à faire sentir la duplicité de Jason, sa veulerie face à Médée et sa sentimentalité un peu mièvre avec Créuse. Ici encore, l'incarnation réussit, et il en va de même pour le Créon sombre, ombrageux même, de Thomas Dolié. La galerie des rôle secondaires est sans reproche. Mention spéciale à la Nérine dramatique d'Hélène Carpentier – une confidente à la mesure de la redoutable magicienne.

Il n'existait jusqu'alors que deux versions discographiques de cette Médée ; c'est peu pour un tel chef-d'œuvre. La nouvelle gravure bouleverse en partie nos habitudes, mais c'est pour le mieux. On s'y attache durablement au fil des écoutes, et l'on pourrait pasticher le vers qui ouvre l'acte IV : jamais on ne l'entendit si belle.

Loïc Chahine




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