164 - 240103 - MUS DIA IND - VERDI - AIDA - SOLISTES, ORCHESTE ET CHŒUR DU THÉÂTRE DE L'OPÉRA DE ROME, GEORG SOLTI

 



164 - 240103 - MUS DIA IND - VERDI - AIDA - SOLISTES, ORCHESTE ET CHŒUR DU THÉÂTRE DE L'OPÉRA DE ROME, GEORG SOLTI





Il existe une autre Aida dirigée par Solti, captée live au Metropolitain de New York, avec également Leontyne Price et Rita Gorr, flanquées d'un autre ténor, Carlo Bergonzi, qui fait briller sur l'opéra son grand soleil d'Italie (cette intégrale-là figure dans un coffret de notre Discothèque idéale consacré à Verdi). En studio, Vickers, lui, est rien moins latin, mais il a d'autres atouts : un art de l'incarnation chauffé à blanc, brisant l'armure de Radamès pour mettre à nu sa psyché et ses tourments, colosse aux pieds d'argile dont la puissance se mue en confidence mélancolique, dès un « Céleste Aida » sur le souffle, murmuré comme un songe. Ténor roi soleil lui aussi, certes – mais soleil noir.

Price fut l'Aida assoluta du XX° siècle : admettons que sa couleur de peau l'y prédestinait, c'est plus encore la plénitude de son authentique spinto qui la hisse sur les cimes. Avec de la chair dans le timbre, un érotisme particulier dans les phrasés et, chez elle comme chez Vickers, une radicalité pour l'expression des affects qui cependant ne trouble jamais la pureté du dessin mélancolique. On l'entend ici à son zénith, montrant une égalité des registres qu'elle peinera à préserver par la suite, un médium aux raucités subtilement dosées, du cristal dans l'aigu, un art de la nuance phénoménal – écoutez les pianissimos filés qui concluent son « Ritorna vincitor ! », ses intonations immatérielles dans « O patrio mia » !

Gorr, Amneris immortelle, folle d'amour, bête blessée au mezzo torrentiel mais à la ligne toujours tenue, garde sa dignité même au comble de sa douleur dans une scène du jugement vertigineuse. Avec l'impérieux Amonasro de l'Américain Robert Merrill, cantabile intarissable et verbe en uppercut, cela nous fait un tableau bien peu italien – quoique le Roi de Clabassi, le Ramfis de Tozzi et la Prêtresse de Sighele y pourvoient.



Ombres et colères

Qu'importe quand le chant atteint un tel degré d'accomplissement, et la direction musicale une telle fièvre. Contrairement au rival Karajan qui, trois ans plus tôt, gravait lui aussi une Aida des plus aimables avec les Wiener Philharmoniker (Decca), Solti n'a pourtant pas sous la main le plus somptueux orchestre du monde. Mais il agit en metteur en scène, prenant son temps pour élaborer un récit savamment construit, sur lequel planent les lourds nuages d'un théâtre d'ombres et de colère, y compris pendant un Triomphe dont la pompe a rarement été parée d'une telle gravité. Ce n'est pas à une fresque en Technicolor que l'on assiste, plutôt à un drame intime, avec parfois des raffinements instrumentaux qui nimbent d'une insondable poésie les effluves exotiques dont Verdi a nourri sa partition. Chef ou thaumaturge ? Aida, soudain, acquiert la puissance et la noblesse d'une tragédie antique.

Emmanuel Dupuy






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